PORT-AU-PRINCE — Le débat sur le rôle futur des Forces armées d’Haïti revient au centre de l’actualité avec l’ouverture d’assises consacrées à une question fondamentale : quelle armée le pays doit-il réellement construire ?
Le sujet ne peut pas être réduit au nombre de militaires, aux uniformes, aux armes ou à la construction de nouvelles bases. Avant de renforcer les effectifs, Haïti doit définir clairement la mission stratégique de ses forces armées.
Une armée adaptée aux menaces contemporaines
La conception traditionnelle d’une armée chargée principalement de protéger le territoire contre une invasion étrangère ne correspond plus entièrement aux réalités sécuritaires auxquelles Haïti est confrontée.
Le pays doit simultanément surveiller ses frontières, ses côtes, ses ports et son espace aérien, lutter contre les trafics transnationaux, répondre aux catastrophes naturelles et apporter, lorsque nécessaire, un soutien opérationnel aux forces de sécurité intérieure.
PNH et FAd’H : éviter la confusion des missions
La Police nationale d’Haïti doit rester la principale institution responsable de la sécurité publique, des enquêtes criminelles, du maintien de l’ordre et de la protection quotidienne des citoyens.
Les FAd’H devraient développer des capacités complémentaires : surveillance des frontières, génie militaire, logistique lourde, protection d’infrastructures stratégiques, réponse aux catastrophes et appui exceptionnel aux opérations de grande ampleur.
La question centrale du contrôle civil
Une armée moderne doit être puissante lorsqu’elle accomplit sa mission, mais strictement encadrée par les institutions démocratiques.
Le budget militaire, les achats d’équipements, les promotions et la chaîne de commandement doivent pouvoir être contrôlés et audités. L’institution doit rester politiquement neutre.
Définir une doctrine avant de multiplier les effectifs
Haïti devrait disposer d’un véritable document national définissant sa politique de défense : nature des menaces, missions prioritaires, format des forces, calendrier de recrutement, besoins budgétaires, infrastructures et coopération internationale.
La reconstruction des FAd’H ne réussira pas simplement parce que le pays aura davantage de soldats. Elle réussira si Haïti construit une institution professionnelle, disciplinée, contrôlable et réellement adaptée aux menaces du XXIe siècle.
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