PORT-AU-PRINCE — La Direction générale de la Police nationale d’Haïti a annoncé le remplacement des plaques d’immatriculation de l’ensemble de ses véhicules, motos et engins lourds à travers les dix départements.
La mesure peut sembler administrative. Elle répond pourtant à un problème de sécurité beaucoup plus profond : dans un environnement où des individus armés peuvent utiliser de faux signes policiers, comment un citoyen distingue-t-il un véhicule officiel d’un véhicule criminel ?
Quand le crime copie l’État
L’utilisation de faux uniformes, de faux badges, de gyrophares ou de plaques imitant ceux de la police permet aux criminels d’exploiter l’autorité visuelle de l’État. Le danger ne réside pas seulement dans la fraude matérielle. Il détruit la confiance du citoyen dans les signes officiels.
Une population qui hésite lorsqu’elle voit arriver un véhicule marqué Police est une population dans laquelle l’autorité publique a déjà perdu une partie de son avantage psychologique.
Changer les plaques ne suffira pas
Les nouvelles plaques peuvent faciliter l’identification, mais leur efficacité dépendra du système qui les accompagne. Il faut une base de données centralisée, un inventaire fiable du parc automobile, un suivi des véhicules hors service et une procédure rapide en cas de perte, de vol ou de destruction.
La PNH doit aussi éviter qu’un ancien véhicule vendu, abandonné ou détourné puisse continuer à circuler avec des éléments visuels qui le font passer pour un véhicule actif.
La traçabilité doit devenir une doctrine
Chaque véhicule officiel devrait pouvoir être relié à une unité, un numéro d’identification, une affectation et un responsable. Cette logique doit s’étendre aux armes, radios, gilets, plaques et autres équipements sensibles.
Dans une institution confrontée à une guerre de mobilité contre les gangs, savoir exactement où se trouve le matériel est aussi important que d’en acquérir davantage.
Une mesure simple qui touche à la confiance publique
La nouvelle plaque n’aura de valeur que si le citoyen apprend à la reconnaître et si les forces de l’ordre disposent de moyens immédiats de vérification.
L’enjeu n’est donc pas seulement de changer une plaque métallique. Il s’agit de restaurer une frontière visible entre le véhicule de l’État et celui de ceux qui cherchent à usurper son autorité.
Ayiti-Info+ | Sécurité
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