Ayiti Info+ — Actualités, analyses et dossiers
2 112en ligne Haïti · météo 1 USD = 130.51 HTG
YouTube
AYITI INFO+ MÉDIA • HAÏTI • DIASPORA
Société

Je ne laisserai pas mon quartier mourir sous mes yeux

À Montréal, le geste d’un citoyen engagé qui couvre des nids-de-poule à ses frais devient une grande leçon de conscience civique pour Haïti, ses quartiers et ses mairies.

Par Publié par Ayiti Info+ 4 min de lecture
Partager Lien copié.
Je ne laisserai pas mon quartier mourir sous mes yeux

Lecture de l’article

Écoutez le titre et le texte complet.

4 min
Prêt pour la lecture audio.

Il y a des gestes simples qui valent parfois plus qu’un long discours politique.

À Montréal, un citoyen engagé, connu sous le nom de Marquize, a attiré l’attention en décidant de couvrir des nids-de-poule, parfois à ses propres frais, pour protéger les automobilistes, les piétons et la dignité de son environnement.

Son geste dépasse largement la question de l’asphalte. Ce n’est pas seulement un trou dans la rue qu’il cherche à réparer. C’est aussi un trou dans la conscience collective. C’est cette fatigue morale qui pousse trop souvent les citoyens à dire : ce n’est pas mon problème, c’est la mairie, c’est l’État, c’est le gouvernement.

Mais une ville ne meurt pas seulement quand les routes s’effondrent. Une ville commence à mourir quand ses habitants cessent de se sentir responsables d’elle.

Un geste qui parle à Haïti

En Haïti, combien de rues sont devenues impraticables ? Combien de quartiers ont perdu leur beauté ? Combien de caniveaux sont bouchés, non seulement par l’absence de l’État, mais aussi par nos propres habitudes ? Combien de citoyens jettent les déchets dans la rue, puis accusent ensuite la mairie de ne pas nettoyer ?

Oui, l’État haïtien a failli. Oui, plusieurs mairies manquent de moyens, de vision, de discipline et parfois même de volonté. Oui, la pauvreté frappe durement nos familles. Mais il faut avoir le courage de dire une vérité simple : être pauvre ne veut pas dire accepter la saleté.

On peut être pauvre et propre. On peut manquer d’argent et garder sa dignité. On peut vivre dans un quartier difficile et refuser de le laisser devenir une poubelle. On peut ne pas avoir de grands moyens et décider que la rue devant sa maison ne sera pas abandonnée.

La conscience citoyenne peut-elle contaminer Haïti ?

Et si le geste de Marquize devenait une semence ? Et si cette conscience traversait aussi l’océan pour toucher les citoyens haïtiens ? Et si, demain, à Cap-Haïtien, Port-au-Prince, Gonaïves, Jacmel, Hinche, Jérémie, Fort-Liberté ou Les Cayes, des citoyens décidaient de ne plus attendre que tout vienne d’en haut ?

Imaginez une Haïti où chaque rue aurait dix citoyens engagés. Des jeunes qui organisent une journée de nettoyage. Des commerçants qui gardent propre l’espace devant leurs boutiques. Des églises, des écoles, des associations et des groupes de diaspora qui adoptent une rue, une place publique, un carrefour ou une entrée de quartier.

Imaginez des maires qui auraient honte de voir les citoyens faire mieux qu’eux. Des autorités locales obligées de se réveiller parce que la population démontre qu’elle aime sa ville. Des quartiers qui retrouvent leur fierté, non pas grâce à une promesse électorale, mais grâce à une conscience collective.

Les maires doivent se réveiller

La conscience citoyenne ne doit pas devenir une excuse pour décharger les maires et les autorités publiques de leurs responsabilités. Une mairie existe pour organiser la ville, entretenir les rues, gérer les déchets, protéger les espaces publics et offrir des services de base.

Mais quand les citoyens se lèvent, ils peuvent paralyser l’esprit de négligence. Ils peuvent forcer les autorités à regarder la réalité en face. Ils peuvent dire par leurs actes : nous aimons notre ville, et vous devez apprendre à l’aimer aussi.

Le vrai changement commence quand le citoyen cesse d’être spectateur de la dégradation et devient gardien de son environnement.

On est pauvre, c’est vrai, mais on n’est pas sale

Cette phrase devrait devenir un slogan national : on est pauvre, c’est vrai, mais on n’est pas sale.

La saleté ne doit pas devenir notre identité. Le désordre ne doit pas devenir notre culture. L’abandon ne doit pas devenir notre normalité. Haïti a besoin de routes, de budgets, de politiques publiques et de mairies responsables. Mais Haïti a aussi besoin de citoyens qui refusent de salir ce qu’ils disent aimer.

Un pays commence à changer quand ses citoyens comprennent que la dignité ne dépend pas toujours d’un budget. Parfois, elle commence devant sa propre porte. Parfois, elle commence avec un balai. Parfois, elle commence avec une pelle. Parfois, elle commence par une décision intérieure : je ne laisserai pas mon quartier mourir sous mes yeux.

Haïti mérite la propreté. Haïti mérite la dignité. Haïti mérite de belles villes. Et cette bataille commence souvent là où nous vivons.

Ayiti merite pwòpte. Ayiti merite diyite. Ayiti merite bèl katye.

Commentaires 0

Réagissez à cet article et partagez votre point de vue.

Les commentaires sont relus avant publication.
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.