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Haïti mendie du riz pendant que ses terres meurent : qui contrôle réellement les ONG ?

Alors que le Burkina Faso renforce la protection des personnes vulnérables et le contrôle des ONG, Haïti continue de dépendre des dons étrangers malgré son immense potentiel agricole.

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Haïti mendie du riz pendant que ses terres meurent : qui contrôle réellement les ONG ?

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Alors que le Burkina Faso renforce les règles entourant les interventions humanitaires et l’utilisation des images de personnes vulnérables, Haïti devrait sérieusement s’interroger sur son incapacité à protéger la dignité de sa population, à contrôler les ONG et à relancer sa production agricole.

Depuis plusieurs années, des images d’enfants, de personnes âgées, de familles déplacées et de citoyens vivant dans la pauvreté sont utilisées pour illustrer des distributions de nourriture, de kits sanitaires ou d’autres formes d’assistance.

Ces photographies sont ensuite publiées sur les réseaux sociaux, présentées aux bailleurs internationaux ou intégrées dans des campagnes de collecte de fonds. La misère du peuple haïtien devient ainsi un produit de communication permettant à certaines structures de démontrer leur présence sur le terrain.

La pauvreté ne doit pas devenir un outil publicitaire

Une personne vulnérable ne devrait jamais être obligée d’exposer son visage pour recevoir un sac de riz, un kit alimentaire, une enveloppe ou des produits de première nécessité.

Lorsqu’une personne dépend de cette aide pour survivre, peut-elle véritablement refuser d’être photographiée? Son consentement est-il réellement libre lorsqu’elle se trouve dans une situation de détresse?

L’État haïtien devrait adopter des règles strictes interdisant l’utilisation humiliante de l’image des bénéficiaires. Toute photographie devrait nécessiter un consentement libre et éclairé. La protection devrait être encore plus stricte lorsqu’il s’agit d’enfants, de personnes déplacées ou de victimes de catastrophes.

Les ONG peuvent documenter leurs interventions sans transformer la souffrance humaine en spectacle. Elles peuvent présenter des statistiques, des rapports financiers, des infrastructures construites et des résultats mesurables sans exposer publiquement les visages des personnes vulnérables.

Haïti sait-elle combien d’ONG travaillent sur son territoire?

Une autre question demeure sans réponse claire : combien d’ONG, de fondations et d’organisations humanitaires opèrent actuellement en Haïti?

Dans quelles communes interviennent-elles? Quels sont leurs budgets? Qui finance leurs activités? Combien d’argent est réellement consacré aux bénéficiaires? Quels résultats ont-elles obtenus après plusieurs années de présence?

Haïti doit mettre en place un registre national numérique et public répertoriant toutes les organisations autorisées à intervenir sur le territoire.

Ce registre devrait présenter, pour chaque structure, son statut légal, ses responsables, ses sources de financement, ses zones d’intervention, son budget annuel, ses partenaires locaux, ses objectifs et ses résultats.

Une cartographie nationale permettrait également d’éviter que plusieurs ONG concentrent leurs interventions dans les mêmes zones pendant que certaines communes demeurent complètement abandonnées.

Les ONG doivent compléter l’État, pas le remplacer

Les organisations humanitaires ne doivent pas devenir des administrations parallèles définissant seules les priorités du pays.

C’est à l’État haïtien d’établir les besoins nationaux, de déterminer les zones prioritaires et de fixer les objectifs que chaque partenaire doit respecter.

Chaque projet devrait être intégré dans une feuille de route nationale et soumis à des mécanismes de suivi, de contrôle et d’évaluation.

Les organisations qui accomplissent un travail sérieux, transparent et bénéfique pour la population n’auront aucune difficulté à respecter ces exigences.

Celles qui refusent les audits, la transparence ou le contrôle de leurs activités ne devraient plus être autorisées à fonctionner librement sur le territoire.

Les soupçons de détournement doivent être examinés

Dans un pays où des groupes armés contrôlent plusieurs territoires, l’État doit également vérifier si des ressources humanitaires, des marchandises ou des financements destinés à la population sont détournés, taxés ou récupérés par des réseaux criminels.

Il ne faut pas accuser une organisation sans preuve. Cependant, toute suspicion sérieuse doit conduire à un audit financier, à une vérification des fournisseurs, à une analyse des transferts de fonds et, lorsque cela est nécessaire, à une enquête judiciaire.

La transparence ne doit pas être négociable lorsqu’il s’agit de ressources destinées aux citoyens les plus vulnérables.

Un don de riz qui devrait réveiller la conscience nationale

L’annonce d’un don de centaines de tonnes de riz venant du Guyana peut temporairement aider des familles confrontées à l’insécurité alimentaire.

Cette assistance doit être accueillie avec reconnaissance, mais elle représente également un symbole douloureux pour un pays qui possède des terres fertiles, la vallée de l’Artibonite et une longue tradition de production rizicole.

Comment Haïti peut-elle célébrer l’arrivée de cargaisons de riz étranger pendant que ses propres cultivateurs manquent d’eau, de semences, d’engrais, de machines et de financement?

Le problème n’est pas la solidarité internationale. Le véritable problème est l’absence d’une politique nationale capable de soutenir durablement la production locale.

Pourquoi ne pas investir dans les cultivateurs haïtiens?

Au lieu de dépendre continuellement des dons, Haïti devrait consacrer des ressources importantes à la remise en état de ses infrastructures agricoles.

Les canaux d’irrigation doivent être curés et réparés. Les producteurs doivent avoir accès à des semences de qualité, à des engrais abordables, à des outils modernes et à des services techniques permanents.

Les petits cultivateurs ont également besoin de crédits de développement adaptés aux cycles agricoles. Ils ne peuvent pas financer leurs récoltes avec des prêts commerciaux assortis de taux excessifs et de délais irréalistes.

Des centres régionaux pourraient mettre à leur disposition des tracteurs, des motoculteurs, des pompes, des moissonneuses et des équipements de transformation à des prix abordables.

Où sont les feuilles de route des ministères?

Quels sont les objectifs du gouvernement en matière de production de riz, de maïs, de haricots, de bananes, de légumes et de cultures maraîchères?

Combien d’hectares seront irrigués cette année? Combien de cultivateurs recevront des semences? Combien de crédits agricoles seront accordés? Combien de machines seront mises à la disposition des coopératives?

La population a besoin de chiffres, de budgets, d’échéanciers et de responsables clairement identifiés.

Une politique agricole sans calendrier, sans indicateurs et sans financement demeure une déclaration d’intention incapable de nourrir la population.

Passer des kits de survie aux outils de production

Un kit alimentaire peut nourrir une famille pendant quelques jours. Une parcelle irriguée, des semences, une formation et une machine agricole peuvent permettre à une communauté de produire pendant plusieurs années.

Haïti doit progressivement sortir de la logique permanente de l’assistance pour entrer dans une politique de production nationale.

Les écoles, les hôpitaux, les prisons et les programmes alimentaires financés par l’État devraient acheter prioritairement une partie de leurs produits auprès des cultivateurs haïtiens.

Cette politique garantirait un marché aux producteurs tout en réduisant progressivement la dépendance du pays envers les importations.

Financer la dignité plutôt que photographier la misère

Haïti ne peut pas continuer à être présentée sur la scène internationale comme une nation uniquement capable de recevoir des sacs de nourriture.

Le pays doit protéger l’image de ses citoyens, contrôler les activités des ONG, soutenir ses cultivateurs et reconstruire son économie nationale.

La solidarité internationale est nécessaire durant les situations d’urgence. Elle ne doit toutefois pas devenir un modèle permanent de gouvernement.

Le moment est venu de cesser de photographier la misère et de commencer à financer la dignité, l’agriculture, les producteurs et la souveraineté nationale.

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