CAP-HAÏTIEN — Le comité de pilotage du projet Économie bleue inclusive a validé le cadre d’exécution 2026-2027 d’un programme qui veut faire des ressources marines et côtières un levier économique pour les communautés.
Coordonné par le ministère de l’Environnement avec l’appui du Fonds international de développement agricole, le projet prévoit d’accompagner environ 24 000 ménages dans plusieurs filières, notamment la pêche artisanale, la riziculture, l’apiculture, l’élevage bovin et l’accès à la microfinance.
Haïti regarde encore trop peu vers la mer
Le pays possède un vaste littoral et de nombreuses communautés dont la survie dépend directement de la mer. Pourtant, la pêche reste largement artisanale, les chaînes du froid sont limitées et la transformation locale demeure insuffisante.
Une partie de la valeur économique est perdue avant même que le poisson n’atteigne le consommateur : conservation inadéquate, transport difficile, faibles capacités de stockage et absence d’unités de transformation modernes.
Le développement doit commencer par les revenus
Parler d’économie bleue n’aura de sens que si les revenus des ménages progressent. Les pêcheurs doivent pouvoir accéder à des équipements plus sûrs, vendre à meilleur prix, réduire les pertes et mieux résister aux chocs climatiques.
Le projet intervient notamment à Caracol, Limonade, Terrier-Rouge, Fort-Liberté et Ferrier. Ces zones combinent potentiel économique et fragilité environnementale.
Protéger avant d’exploiter davantage
La croissance de la pêche ne doit pas signifier une pression incontrôlée sur les stocks. Mangroves, récifs, zones de reproduction et littoraux constituent une infrastructure naturelle essentielle.
Une économie bleue sérieuse doit donc relier production, surveillance environnementale, régulation des pratiques et restauration des écosystèmes.
Le risque : un nouveau projet sans marché durable
Former des bénéficiaires et distribuer des équipements ne suffit pas. Il faut aussi des marchés, du crédit, des infrastructures, de la transformation, des normes sanitaires et des débouchés réguliers.
Le projet devra être évalué sur des indicateurs concrets : augmentation des revenus, réduction des pertes après capture, accès au financement, emplois créés et amélioration de la résilience climatique.
Une économie bleue ne se construit pas dans les conférences. Elle commence lorsque le pêcheur vend mieux sa prise sans épuiser la ressource dont dépend sa famille.
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