PORT-AU-PRINCE — La bataille pour l’avenir économique de la Caraïbe se joue de plus en plus dans les câbles, les centres de données, les réseaux de télécommunications, le cloud et les services numériques. Le rapport Caribbean Development Dynamics 2026, publié par l’OCDE et la Banque interaméricaine de développement, souligne qu’un investissement accru dans les infrastructures numériques est associé à une amélioration du PIB et de la productivité dans la région.
Entre 2014 et 2024, les investissements directs étrangers de type greenfield dans les services numériques ont représenté environ 3 milliards de dollars américains dans la Caraïbe. Dans certains pays, ces investissements occupent une part importante des nouveaux projets : le rapport cite notamment la Dominique, Trinidad-et-Tobago et le Suriname.
La connectivité devient une infrastructure économique de base
Une connexion rapide et résiliente ne sert plus seulement à consulter Internet. Elle influence la capacité des entreprises à utiliser le cloud, vendre en ligne, sécuriser leurs données, automatiser leurs opérations et accéder aux marchés internationaux. Elle conditionne aussi le développement de la fintech, de l’intelligence artificielle, de la télémédecine et de l’éducation numérique.
Pour les gouvernements, l’enjeu est tout aussi important. Les services publics numériques peuvent réduire certains coûts administratifs, améliorer la collecte de données et faciliter les démarches des citoyens. Mais ces gains supposent une infrastructure stable, de l’électricité, des compétences techniques et des règles fiables de cybersécurité.
Haïti face au risque de décrochage
Haïti dispose de talents, d’une diaspora technologique importante et d’un marché où les solutions numériques peuvent répondre à de nombreux besoins. Mais les pannes d’électricité, la fragilité de la connectivité, le coût du capital et le manque d’infrastructures spécialisées limitent la capacité du pays à attirer des investissements technologiques de grande échelle.
Pendant ce temps, plusieurs voisins caribéens renforcent leurs réseaux, attirent des projets de centres de données et améliorent leur intégration aux grands corridors numériques. Chaque nouveau projet installé ailleurs peut créer un effet d’accumulation : davantage de compétences, de fournisseurs, d’investisseurs et de services se concentrent dans les territoires déjà connectés.
Le retard a un coût cumulatif
Le rapport OCDE-BID rappelle que l’investissement total dans la Caraïbe a progressé, mais reste insuffisant pour répondre à tous les besoins de développement. Les infrastructures publiques sont particulièrement importantes dans les secteurs où le privé hésite à investir seul en raison des coûts initiaux ou des risques.
Analyse Ayiti-Info+ : pour Haïti, le numérique ne doit plus être traité comme un secteur secondaire. Il s’agit d’une infrastructure transversale comparable à l’énergie, aux routes et aux ports. Le pays n’a pas besoin de copier chaque projet régional, mais il doit définir une stratégie claire : connectivité internationale, résilience des réseaux, énergie pour les infrastructures critiques, protection des données, formation et incitations à l’investissement. Dans l’économie numérique, rester immobile signifie reculer.
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