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Budget rectificatif 2024-2025 : quand l’État corrige trop tard une crise qui avance plus vite que les chiffres

Le budget rectificatif 2024-2025 devait répondre aux urgences de sécurité, d’éducation et de fonctionnement de l’État. Mais son calendrier tardif pose une question : peut-on réparer une année budgétaire quand elle est déjà presque consommée ?

Par Publié par Ayiti Info+ 3 min de lecture
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Un budget rectificatif est censé ajuster la trajectoire d’un État. Mais lorsqu’il arrive tard, il peut aussi révéler une gouvernance qui court derrière la crise au lieu de la devancer.

Le budget rectificatif 2024-2025 intervient dans un contexte national marqué par l’insécurité, la pression sur les services publics, le déplacement de milliers de familles, la faiblesse de l’administration et l’urgence de soutenir les secteurs essentiels. Sur le papier, l’exercice cherche à réorienter les ressources vers les priorités du moment. Dans la pratique, la vraie question est celle de l’exécution.

Haïti ne manque pas seulement de budgets. Haïti manque de budgets exécutés, suivis, contrôlés et compris par les citoyens. Trop souvent, les chiffres sont publiés sans pédagogie, les priorités sont annoncées sans calendrier et les crédits sont votés ou décrétés sans mécanismes clairs de résultats.

Le retard coûte plus cher que le montant

Un budget rectificatif tardif pose un problème simple : combien de temps reste-t-il pour engager, décaisser, exécuter et contrôler les dépenses ? Dans un pays où les procédures administratives sont lentes, où les marchés publics sont complexes, où certaines zones sont difficiles d’accès, la modification budgétaire peut devenir un document politique plus qu’un instrument d’action.

La sécurité, par exemple, ne peut pas être financée uniquement par des lignes de dépenses. Elle exige des achats bien planifiés, des formations, des équipements adaptés, une coordination avec la justice, une logistique territoriale et un suivi permanent. L’éducation ne peut pas être sauvée par une simple augmentation si les écoles restent fermées dans certaines zones ou si les enseignants ne sont pas accompagnés. La santé ne peut pas être renforcée sans sécurité des hôpitaux, disponibilité des intrants et gestion transparente.

Une crise structurelle, pas seulement budgétaire

Le budget rectificatif montre aussi la difficulté de l’État à planifier sur plusieurs années. Haïti fonctionne trop souvent selon la logique de l’urgence : une crise apparaît, une enveloppe est annoncée, une réforme est promise, puis l’exécution reste floue. Cette méthode affaiblit la confiance publique.

Il faut sortir du budget comme simple rituel administratif. Le citoyen doit pouvoir comprendre où va l’argent, pourquoi telle priorité est choisie, quel ministère est responsable, quels résultats sont attendus et à quelle date un bilan sera publié. Sans transparence, même un budget bien intentionné devient suspect.

Le budget doit devenir un contrat public

Dans une situation normale, le budget traduit une vision. Dans une situation de crise, il devient un contrat de survie entre l’État et la population. Ce contrat doit dire clairement : voici les priorités, voici les ressources, voici les délais, voici les responsables, voici les résultats attendus.

Le budget rectificatif 2024-2025 aurait pu être l’occasion de mettre en place un tableau de bord national : sécurité des routes, soutien aux déplacés, relance des écoles, fonctionnement des tribunaux, appui aux hôpitaux, renforcement des recettes et contrôle des dépenses. Mais sans communication régulière et sans reddition de comptes, l’effort risque de rester technique, éloigné des citoyens.

Haïti a besoin d’un État qui prévoit, pas seulement d’un État qui rectifie. Le vrai défi n’est pas seulement de corriger le budget 2024-2025. C’est de corriger la manière même dont le pays gouverne ses urgences.

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